DESBORDES-VALMORE, Marceline (1786–1859) : "Les séparés" (posth. 1860)

N’écris pas, je suis triste et je voudrais m’éteindre.
Les beaux étés, sans toi, c’est l’amour sans flam­beau.
J’ai refer­mé mes bras qui ne peu­vent t’atteindre
Et frap­per à mon cœur, c’est frap­per au tombeau.

N’écris pas, n’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu’à Dieu, qu’à toi si je t’aimais.
Au fond de ton silence, écouter que tu m’aimes,
C’est enten­dre le ciel sans y mon­ter jamais.

N’écris pas, je te crains, j’ai peur de ma mémoire.
Elle a gardé ta voix qui m’appelle sou­vent.
Ne mon­tre pas l’eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écri­t­ure est un por­trait vivant.

N’écris pas ces deux mots que je n’ose plus lire.
Il sem­ble que ta voix les répand sur mon cœur,
Que je les vois briller à tra­vers ton sourire.
Il sem­ble qu’un bais­er les empreint sur mon cœur.

N’écris pas, n’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu’à Dieu, qu’à toi si je t’aimais.
Au fond de ton silence, écouter que tu m’aimes,
C’est enten­dre le ciel sans y mon­ter jamais.

N’écris pas !

Extrait de…
Poésies inédites (posthume, 1860)

Et dans wallonica.org…

Infos qual­ité…
Statut : validé | mode d’édition : partage, édi­tion et icono­gra­phie | source : recueil Poésies inédites (posthume, 1860) | con­tribu­teur : Patrick Thonart | crédits illus­tra­tions : © Douai, Musée de la Char­treuse. Pho­tographe : Daniel Lefeb­vre.