BAUDELAIRE, Charles (1821–1867) : "La vie antérieure" (1855)

J’ai longtemps habité sous de vastes por­tiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux,
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basal­tiques.

Les houles, en roulant les images des cieux,
Mêlaient d’une façon solen­nelle et mys­tique
Les tout-puis­sants accords de leur riche musique
Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.

C’est là que j’ai vécu dans les volup­tés calmes,
Au milieu de l’azur, des vagues, des splen­deurs
Et des esclaves nus, tout imprégnés d’odeurs,

Qui me rafraîchis­saient le front avec des palmes,
Et dont l’unique soin était d’approfondir
Le secret douloureux qui me fai­sait lan­guir.

Extrait de…
Les fleurs du mal (1855)

Et dans wallonica.org…

Infos qual­ité…
Statut : validé | mode d’édition : partage, édi­tion et icono­gra­phie | source : recueil Les fleurs du mal (1855)  | con­tribu­teur : Patrick Thonart | crédits illus­tra­tions : © DR.